sexisme au travail

 

Les vagues des « Me too » et « Balance ton porc ! » ont délié les langues et porté dans le débat public les sujets majeurs que sont le harcèlement et les agressions sexuelles. Elles ont mis en lumière la (trop) grande tolérance vis-à-vis des comportements sexistes dans la société en général, mais aussi dans les entreprises. Face au sexisme au travail, l’engagement des entreprises doit dépasser le simple rappel de la Loi : l’entreprise doit agir.

Mais avouons-le : le sujet est délicat et peu d’entreprises ont envie d’ouvrir une potentielle boîte de Pandore. Alors comment s’y prendre ?

MAÏEUTYK a demandé à Nathalie BARDOUIL, dirigeante d’OPUS Fabrica et à l’initiative de l’expérience RECOVR, de nous partager cette approche pédagogique sur le sujet. Puisse cette lecture vous être utile, et inspirante !

 

« On ne peut même plus rigoler !? »

Combien de fois avons-nous entendu cette réplique alors qu’une personne était reprise parce qu’elle venait de faire une blague sexiste ?

Du sexisme ordinaire jusqu’au harcèlement sexuel, le spectre des agissements sexistes est large et beaucoup d’entre nous peuvent être déroutés et ne plus savoir comment se comporter.

 

Quelques notions pour se repérer…

Le Conseil Supérieur à l’Égalité Professionnelle entre les femmes et les hommes (CSEP) propose quatre degrés d’agissements sexistes :

  • Le sexisme ouvertement hostile
  • Le sexisme masqué
  • Le sexisme subtil
  • Le sexisme bienveillant

Le sexisme bienveillant… Bel oxymore qui correspond à bien des situations où la personne qui agit de façon sexiste n’en a non seulement pas conscience, mais est en plus convaincue qu’elle agit avec bienveillance. On comprend aisément que cette personne ne comprendra pas qu’on lui dise qu’elle a blessé l’autre. On voit bien ici toute la complexité du sujet.

Nous entendons également parler du sexisme ordinaire, celui qui s’insinue partout, malgré nous, dans une inconscience quasi généralisée (sauf pour celles et ceux qui sont très engagés sur le sujet peut-être…). Derrière cette notion on retrouve :

  • Les remarques et blagues sexistes
  • Les interpellations familières du style « Salut ma petite »
  • Les incivilités basées sur le genre
  • L’obligation de se conformer aux stéréotypes
  • La séduction feinte
  • Les propos sexistes sur la maternité et les charges familiales

 

Enfin, évoquons la différence entre d’une part le sexisme, le harcèlement sexuel et la séduction. Dans la séduction, il y a une position d’égal à égal et surtout de respect mutuel. Par contre, dans le sexisme et le harcèlement, il y a un rapport de domination.

 

le sexisme est une discrimation

 

Les facteurs à l’origine du sexisme

Une cause profonde à l’origine du sexisme réside dans le processus de catégorisation sociale qui précède la construction des stéréotypes.

Ce processus sociocognitif nous permet d’appréhender le monde qui nous entoure, en organisant des ensembles sociaux nous permettant de nous situer sur la base de points communs et de différences entre soi et les autres.

Il nous conduit à intérioriser des stéréotypes et préjugés qui vont orienter nos émotions et nos comportements.

En matière de sexisme, il s’agit des catégories de genre : les hommes et les femmes. Ce qui est important, ce sont les caractéristiques qui sont définies pour classer les personnes dans l’une ou l’autre de ces catégories.

L’intériorisation de ces catégories se fait très tôt, dès la petite enfance et se renforce (ou se déconstruit 😉 ) tout au long de la vie.

Ainsi les garçons seront qualifiés de forts, curieux, autonomes, tandis que les filles seront tendres, fragiles, généreuses et sensibles… Chaque fois qu’un enfant agira en conformité avec les caractéristiques de son genre, il sera félicité, encouragé. Il sera par contre critiqué voir sanctionné s’il n’est pas conforme à sa catégorie.

Plus tard on dira des hommes qu’ils sont assertifs, compétitifs, protecteurs et des femmes qu’elles sont attentionnées et, à l’écoute.

 

« C’est une erreur de croire que seules des personnes mal intentionnées adoptent des comportements sexistes. Nous sommes tous tour à tour, témoin, victime et auteur. »

 

On peut sourire de ces caricatures. Nous savons bien qu’il existe des hommes sensibles qui n’en sont pas moins assertifs, et des femmes compétitrices tout autant qu’à l’écoute. Mais ces stéréotypes sont ancrés en nous, malgré nous. Ils orientent notre perception de nous-mêmes et des autres, nos préjugés et nos émotions, nos analyses des situations et donc, in fine, nos comportements.

Et comme il s’agit de culture et d’éducation, nous sommes tous concernés.

C’est une erreur de croire que seules des personnes mal intentionnées adoptent des comportements sexistes. Nous sommes tous tour à tour, témoin, victime et auteur.
Quant aux personnes qui ont des agissements sexistes en pleine conscience (et certaines le revendiquent !), elles agissent d’autant plus que le groupe dans lequel elles sont ne réagit pas.

 

nécessité d’une démarche d’inclusion dans le monde de l’entreprise

 

Une approche positive et engageante pour changer la donne.

Derrière le sexisme il y a donc ce processus de catégorisation sociale qui fonde les stéréotypes et préjugés qui guident nos émotions et nos comportements.

Une des choses les plus difficiles à faire dans une démarche de lutte contre le sexisme c’est de trouver une approche positive et engageante.

 

Rappeler la Loi et informer sont essentiels, mais ne peuvent pas être suffisants. Quelques facteurs de succès doivent être pris en compte :

  • Le changement passe nécessairement par une prise de conscience individuelle et collective
  • Comprendre et savoir ne suffisent pas à changer
  • La culpabilisation et la moralisation n’ont jamais eu d’impact positif

 

Pour construire une approche positive et impactante, notre équipe de psychologues et de pédagogues s’est associée à celle d’un Studio de jeu vidéo pour proposer un autre chemin :

EXPÉRIMENTER – RESSENTIR – PARTAGER – TRANSFORMER

en proposant une expérience ludique d’immersive learning.

 

L’Expérience RECOVR embarque le joueur dans un parcours progressif qui sollicite l’émotion, la réflexion et l’engagement.

Une aventure ludique où le joueur incarne Charlie, débusque les agissements sexistes de tous ordres et choisit comment agir en prenant conscience du combat émotionnel intérieur que génèrent les situations.

Dans le jeu, Charlie sera tout à tour témoin, victime et auteur d’agissements sexistes, permettant au joueur de vivre toutes les situations, de se mettre à toutes les places pour expérimenter les situations depuis plusieurs fenêtres.

La première phase de jeu est individuelle et confidentielle. La solution de jeu comporte 32 épisodes de 15mn. Chaque salarié reçoit un identifiant et un mot de passe et peut commencer à jouer.

Au bout de quelques semaines de jeu, on réunit les collaborateurs en Café-RecovR, lors duquel chacun pourra échanger sur son expérience, débattre. C’est une phase collective de partage, d’ancrage et de transformation. Ces ateliers peuvent intégrer un format ludique complémentaire à fort impact socio-pédagogique. C’est là où notre deuxième partenaire entre en scène : une compagnie de théâtre spécialisée en Théâtre en entreprise.

En parallèle, la solution propose des datas qui, tout en préservant l’anonymat des réponses individuelles, fournit des informations utiles pour identifier les agissements qui ne sont pas perçus comme sexistes et ainsi savoir sur quels sujets il est important de revenir en atelier, mais également envisager d’autres actions complémentaires au jeu.

 

 

 

Pourquoi un.e dirigeant.e s’engage-t-il.elle dans la lutte contre le sexisme ?

Me concernant, c’est une histoire de femme, de citoyenne et de chef d’entreprise.

En tant que femme, consultante et chef d’entreprise depuis l’âge de 25 ans, j’ai été confrontée bien des fois à des discriminations liées à mon statut de femme, et au début de ma carrière, à mon âge. Les négociations commerciales se connotaient de jeu de séduction, interrogeant ma légitimité à occuper cette place professionnelle. Dans ma vie privée également j’ai fait face à des remarques et des attitudes sexistes. C’était pénible et cela me mettait en colère, mais je ne dirais pas que j’en ai souffert.

L’éducation et la culture sont à l’origine des stéréotypes de genre. Ayant grandi dans une famille où mon père et ma mère se traitaient avec respect, sans domination de l’un sur l’autre, j’ai pu intérioriser un modèle juste. Jamais ma famille ne m’a expliqué qu’en étant fille j’avais droit à telle chose et pas à telle autre. Étant la seule fille au milieu de trois garçons, j’ai aussi probablement appris à fonctionner avec les codes de l’autre sexe. Mais je sais que c’est une chance et que toutes les filles et toutes les femmes n’ont pas la même et peuvent souffrir de ces agissements.

 

« Trop souvent, les entreprises nous appellent parce qu’il y a eu de graves problèmes. Et pourtant, mieux vaut prévenir que guérir. »

 

Au sein de mon entreprise, OPUS Fabrica, nous avons un pôle d’expertise en prévention des risques psychosociaux. Je suis moi-même docteur en psychologie et consultante sur ce domaine. Au travers de nos interventions dans les entreprises, nous pouvons constater l’ampleur du phénomène et la gravité des conséquences. Impossible de nier la réalité du problème. Trop souvent, les entreprises nous appellent parce qu’il y a eu de graves problèmes. Et pourtant, mieux vaut prévenir que guérir.

En tant que chef d’entreprise, avec mon équipe de direction, nous sommes dans la réflexion constante sur la culture managériale que nous voulons promouvoir. Pour recruter, fidéliser, mais aussi et surtout pour respecter nos valeurs, nous considérons que la lutte contre toute forme de discrimination est fondamentale. Ainsi le sujet du sexisme au travail comme celui de toutes les autres formes de discriminations et de violence est une préoccupation constante.

 

Enfin, dans la dynamique de notre responsabilité sociale, nous avons la mission de contribuer à faire évoluer les choses à l’échelle de la société en faisant progresser nos entreprises.

 

Voilà les principales raisons de mon engagement. Il y a encore beaucoup à faire, mais je reste optimiste et déterminée, car autour de moi je côtoie de plus en plus de personnes qui s’engagent et parmi ces personnes des femmes bien sûr mais aussi beaucoup d’hommes. Ce combat c’est celui de tous et toutes : il en va de notre liberté de dire non et de dire stop à tous ces stéréotypes qui entravent nos identités.

 

Si vous aussi vous souhaitez agir positivement, n’hésitez pas à nous contacter pour faire le point où en est votre entreprise dans sa démarche de lutte contre les discriminations. Selon qu’il y ait eu ou non des situations critiques en interne, nous construirons ensemble une démarche adaptée à vos objectifs et vous accompagnerons dans la communication sur la démarche et le déploiement de la solution.

 

Nathalie Bardouil.

Présidente chez OPUS Fabrica – Du Tripalium à l’Opus: l’Écologie Humaine Responsable comme nouveau paradigme du travail.